
Une publication relayée ces dernières heures alerte sur un possible « effondrement de notre société » dans les quinze prochaines années. Une formulation particulièrement anxiogène qui a rapidement suscité de nombreuses réactions. Mais derrière cette alerte se cache une étude ancienne, souvent mal interprétée, et dont les conclusions méritent d’être replacées dans leur contexte. Un sujet évoqué ce jour par TF1
UNE ALERTE QUI FAIT RÉAGIR
La publication fait référence aux travaux consacrés aux « limites de la croissance », un modèle développé au début des années 1970 par une équipe de chercheurs du MIT pour le Club de Rome.
L’objectif n’était pas de prédire une date précise de « fin du monde », mais d’étudier ce qui pourrait se produire si la croissance économique, la consommation des ressources, la pollution et la démographie continuaient à évoluer selon certaines trajectoires.
Plusieurs scénarios avaient alors été étudiés. Certains envisageaient une dégradation importante des conditions économiques et sociales au cours du XXIᵉ siècle.
POURQUOI LE CHIFFRE DE « QUINZE ANS » ?
L’idée d’un basculement autour de 2040 est notamment liée à une analyse publiée en 2020 par la chercheuse Gaya Herrington, qui a comparé les données réelles disponibles avec plusieurs scénarios du modèle des « Limits to Growth ».
Cette analyse concluait que certains indicateurs observés dans le monde réel restaient proches de scénarios particulièrement défavorables. Elle envisageait notamment une forte dégradation de la production industrielle et agricole ainsi qu’une diminution du niveau de vie au cours des prochaines décennies.
IL NE S’AGIT PAS D’UNE PRÉDICTION DE LA FIN DU MONDE
C’est le point essentiel.
Les travaux évoqués ne disent pas que l’humanité disparaîtra en 2040. Ils ne prévoient pas non plus qu’un matin précis, les infrastructures, les États ou les sociétés cesseraient soudainement de fonctionner.
Le terme « effondrement » désigne plutôt une dégradation progressive et systémique : baisse de la production, raréfaction de certaines ressources, difficultés économiques, pression environnementale et conséquences sociales.
La trajectoire dépend également des décisions prises dans les prochaines années. Autrement dit, le scénario présenté comme le plus inquiétant n’est pas une fatalité.
CLIMAT, RESSOURCES ET BIODIVERSITÉ : DES SIGNAUX QUI RESTENT PRÉOCCUPANTS
Plusieurs tendances continuent toutefois d’alimenter les inquiétudes.
Le changement climatique, la dégradation des écosystèmes, les tensions sur certaines ressources, les crises géopolitiques et les inégalités sont désormais étudiés comme des phénomènes susceptibles de se renforcer mutuellement.
Les chercheurs parlent notamment de « polycrise », c’est-à-dire de crises différentes qui interagissent et peuvent produire des conséquences plus importantes lorsqu’elles se combinent.
En France, les inquiétudes portent également sur la démographie. La baisse des naissances et le vieillissement de la population pourraient modifier profondément l’organisation économique et sociale du pays dans les prochaines décennies.
UN SCÉNARIO, PAS UNE DATE DE FIN DU MONDE
La publication devenue virale mérite donc d’être relativisée.
Dire que « notre société va s’effondrer dans quinze ans » transforme un scénario prospectif en prédiction certaine. Or les recherches à l’origine de cette alerte ne permettent pas d’affirmer qu’un effondrement mondial aura lieu à une date précise.
Elles posent plutôt une question : que se passera-t-il si les tendances actuelles se poursuivent sans changement majeur ?
Et c’est précisément cette nuance qui est souvent perdue lorsque les anciennes études sont reprises sur les réseaux sociaux.
L’« effondrement » ne doit pas nécessairement être compris comme un événement brutal et unique. Il peut aussi s’agir d’une succession de crises, d’une dégradation progressive et de transformations profondes de nos modes de vie.
Une chose est donc certaine : 2040 n’est pas annoncé comme la date de disparition de notre civilisation. Mais les projections servent de signal d’alerte sur les conséquences possibles de nos choix actuels.
