
Le seuil symbolique des 100 dollars vient d’être franchi. Alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient et que le trafic pétrolier est fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole repart brutalement à la hausse. En France, les automobilistes commencent déjà à en ressentir les conséquences à la pompe. Et le risque d’une nouvelle flambée des prix est désormais bien réel.
LE BRENT REPASSE AU-DESSUS DES 100 DOLLARS
C’est un nouveau signal d’alerte pour les marchés mondiaux de l’énergie.
Ce mercredi 9 septembre, le baril de Brent, référence européenne du pétrole, a dépassé les 100 dollars, atteignant environ 101,55 dollars en séance.
Il s’agit d’un retour au-dessus de ce seuil pour la première fois depuis le 24 juillet. Le mouvement est particulièrement rapide, dans un contexte d’escalade militaire au Moyen-Orient.
Le pétrole américain WTI a également fortement progressé, dépassant les 96 dollars.
Cette nouvelle poussée s’explique principalement par les craintes concernant l’approvisionnement mondial.
LE DÉTROIT D’ORMUZ AU CŒUR DES INQUIÉTUDES
Derrière la flambée du pétrole se trouve un point stratégique : le détroit d’Ormuz.
Cette voie maritime est essentielle au commerce mondial de l’énergie. Avant le conflit, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz y transitaient.
Or, le trafic maritime y est actuellement très inférieur à son niveau habituel.
Selon les données disponibles, les volumes auraient chuté d’environ 8 à 9 millions de barils par jour à moins de 2 millions.
Une perturbation prolongée de cette route pourrait donc provoquer une nouvelle tension majeure sur les marchés pétroliers.
LE DIESEL EUROPÉEN EST DÉJÀ SOUS TRÈS FORTE TENSION
Le cas du diesel est particulièrement préoccupant.
Début septembre, la prime de raffinage du diesel en Europe a atteint un niveau inédit, dépassant pour la première fois les 100 dollars par baril.
Le prix de gros du diesel en Europe s’est ainsi retrouvé proche de 200 dollars le baril.
Cette situation s’explique notamment par les perturbations liées au Moyen-Orient, les restrictions sur certaines exportations russes de diesel, des stocks limités et des tensions dans les raffineries.
Autrement dit, même si le pétrole brut venait à se stabiliser, le prix des carburants pourrait rester élevé en raison des tensions spécifiques sur les produits raffinés.
EN FRANCE, LA HAUSSE EST DÉJÀ VISIBLE À LA POMPE
Les automobilistes français n’attendent pas une éventuelle nouvelle hausse : ils la subissent déjà.
Selon les dernières données disponibles, le gazole tourne autour de 2,29 euros le litre en moyenne nationale et le SP95-E10 autour de 2,12 euros.
Le SP95-E10 a même atteint un niveau record, autour de 2,13 euros le litre.
Cette situation rappelle les tensions historiques observées lors de la précédente grande crise énergétique.
Et le franchissement des 100 dollars par le Brent pourrait encore accentuer la pression dans les prochains jours si les cours restent durablement élevés.
POURQUOI LE PRIX À LA POMPE NE SUIT-IL PAS IMMÉDIATEMENT LE BARIL ?
Le prix du pétrole n’est qu’une partie du prix payé par l’automobiliste.
À la pompe, il faut également prendre en compte le coût du raffinage, le transport, la distribution, les marges des différents acteurs et surtout la fiscalité française.
C’est pourquoi une hausse du Brent ne signifie pas automatiquement qu’un litre d’essence augmente dans les mêmes proportions.
Il existe également un décalage entre l’évolution des marchés pétroliers et celle des prix à la pompe.
Les stations-service pourraient donc continuer à augmenter leurs tarifs dans les prochains jours si les cours élevés se maintiennent.
LE GOUVERNEMENT A DÉJÀ PRIS DES MESURES
Face à cette situation, le gouvernement français a déjà commencé à intervenir.
Plusieurs dispositifs destinés aux secteurs les plus exposés à la hausse des carburants ont été prolongés.
Les agriculteurs bénéficient notamment d’une aide à la pompe de 15 centimes par litre.
Une aide destinée aux travailleurs considérés comme de « grands rouleurs » a également été annoncée. Sous conditions, près de trois millions de travailleurs modestes utilisant leur véhicule pour leur activité professionnelle peuvent bénéficier d’une indemnité forfaitaire de 100 euros.
Ces mesures montrent que l’exécutif considère déjà la situation comme suffisamment préoccupante pour justifier un soutien ciblé.
JUSQU’OÙ LE BARIL POURRAIT-IL MONTER ?
C’est la grande inconnue.
Le passage des 100 dollars constitue surtout un seuil psychologique. Le véritable danger serait une installation durable du pétrole au-dessus de ce niveau, voire une nouvelle accélération.
Certains analystes envisagent désormais des scénarios beaucoup plus élevés en cas d’aggravation du conflit.
Des scénarios évoquent ainsi un Brent pouvant dépasser 120 dollars, voire atteindre 150 dollars le baril dans l’hypothèse d’une perturbation majeure des infrastructures énergétiques.
Il ne s’agit évidemment pas d’une prévision certaine.
Mais ces scénarios montrent à quel point le marché est devenu vulnérable.
QUEL IMPACT POUR LES FRANÇAIS ?
Une nouvelle hausse du pétrole ne se limiterait pas au plein d’essence.
Le transport routier, l’agriculture, la pêche, l’industrie et la logistique seraient directement concernés.
Une hausse durable du diesel peut également se répercuter sur le coût du transport des marchandises et, à terme, sur le prix de nombreux produits de consommation.
Le risque est donc celui d’un nouvel épisode inflationniste, particulièrement si les cours du pétrole restent élevés pendant plusieurs semaines.
Une énergie durablement chère pourrait également compliquer la poursuite de la baisse de l’inflation.
LE SCÉNARIO À SURVEILLER DANS LES PROCHAINS JOURS
Pour les automobilistes français, les prochains jours seront particulièrement importants.
Si le Brent redescend rapidement sous les 100 dollars et que la circulation du pétrole reprend progressivement dans le Golfe, la pression pourrait se calmer.
En revanche, si les perturbations du détroit d’Ormuz se prolongent et que les attaques contre les infrastructures énergétiques se multiplient, le risque d’une nouvelle hausse importante des carburants deviendra beaucoup plus sérieux.
Le scénario d’un litre de carburant encore plus cher n’est donc plus théorique : il est déjà en train de se matérialiser.
Avec un SP95-E10 autour de 2,12 euros et un gazole proche de 2,30 euros en moyenne, les prix sont déjà à des niveaux extrêmement élevés.
UNE NOUVELLE FLAMBÉE EST-ELLE INÉVITABLE ?
Non. Mais le risque est désormais élevé.
Tout dépendra principalement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient, de la circulation du pétrole dans le détroit d’Ormuz et de la capacité des marchés à maintenir un approvisionnement suffisant.
Une stabilisation géopolitique pourrait rapidement faire retomber la pression.
À l’inverse, une nouvelle interruption majeure des exportations pourrait provoquer une envolée beaucoup plus brutale.
Une chose est certaine : après le retour du Brent au-dessus des 100 dollars, les automobilistes français doivent désormais se préparer à une période de forte volatilité des prix à la pompe.
